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30 jours qui ont changé la #France

Il y a un mois la mort de #Rémi Fraisse : ces 30 jours qui ont changé la France [édito #FR3]

Par Fabrice Valéry. Rémi Fraisse est mort le 26 octobre dernier sur le site du barrage de Sivens dans le Tarn. Et depuis tout a changé. Qu'on le veuille ou non.

  • Publié le 26/11/2014 | 08:15, mis à jour le 26/11/2014 | 10:28
 

Un mois jour pour jour après la mort de Rémi Fraisse sur le site du barrage de #Sivens, il faut faire une pause et  regarder, objectivement, ces 30 jours qui viennent de s'écouler et qui, d'une certaine manière, ont changé le visage de la France.

Ils ont changé la France car personne ne pouvait imaginer il y a encore un mois qu'un jeune homme de 21 ans pourrait être tué par les forces de l'ordre simplement en manifestant son désaccord avec un projet de #barrage.

Ils ont changé la France parce que, même si sa mort est involontaire, même s'il s'agit d'un "accident", en France, en 2014, un jeune homme a été tué par un #gendarme mobile.

Ils ont changé la France parce que cette mort intervient sous un #gouvernement de gauche et ce n'est pas négligeable.

Ils ont changé la France, car, sans doute le regrette-t-il aujourd'hui, ils ont conduit le président du conseil général du #Tarn, un #socialiste, a déclaré seulement trois jours après la mort du jeune homme : "Mourir pour ses idées est relativement stupide et bête".

Ils ont changé la France, parce que le pouvoir n'a pas su gérer cette crise avec transparence. Même s'il n'y a pas eu volonté de cacher la vérité, les balbutiements et les ratés ont décrédibilisé les dirigeants.

Ils ont changé la France, parce que depuis cette tragédie, ce qui n'était qu'une embrouille départementale autour d'une petite retenue d'eau est devenue un enjeu national et même européen.

Ils ont changé la France parce qu'une partie de la jeunesse s'est reconnue dans ce jeune homme que son père décrit comme "non-violent mais engagé et déterminé".

Enfin, ces 30 jours ont changé la France parce qu'en si peu de temps, le nom de Rémi Fraisse est entré dans l'histoire, comme il y a 30 ans celui de Malik Oussekine. Ancré dans les mémoires, qu'on le veuille ou non. 

F. Valéry

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Lettre que mon fils a écrite après la manif de Toulouse : (Michèle)

par William Poulhalec

Le 9 Novembre 2014,
à Toulouse,

Monsieur le Président de la République,

J'ai voté pour vous au second tour des élections présidentielles, j'ai voté pour votre programme,
j'ai voté pour les idées que vous représentez ; les idées de la gauche, de Jaurès, du progrès social et de l'égalité.
Aujourd'hui, que reste-t-il de ces valeurs, que reste-t-il de ces idées ?
Vous voilà confronté à deux défis fondamentaux : celui de la crise économique et celui de la crise écologique. La France compte maintenant 8 millions de pauvres. Le terme pauvre n'est pas qu'un mot, pas qu'un chiffre, mais une réalité concrète : ce sont des personnes qui doivent tenter de vivre avec moins de 993 euros par mois, c'est-à-dire survivre.
Comme vous le savez, car vous avez certainement du lire le dernier rapport du GIEC, si d'ici vingt à trente ans nous ne réduisons pas considérablement nos émissions de gaz à effet de serre nous courrons droit à la catastrophe. Un cercle vicieux menace notre civilisation, notre espèce ainsi que tous les êtres vivant sur Terre. Ces mots cachent toutes les morts que le dérèglement climatique va engendrer, toutes les tensions et les possibles guerres ; voulez-vous laisser ce monde à vos enfants, Monsieur le Président ?

Sachez qu'en tant que Président de la République, en tant que dirigeant, vous avez l’entière responsabilité de vos actes ou plutôt de votre inaction face à ces crises. Vous avez en main le pouvoir de changer les choses. Ce pouvoir, nous vous l'avons donné, nous le peuple de gauche, nous les progressistes.

Qu'avez vous fait durant cette première moitié de mandat, quelles sont vos réponses à ces deux questions ?
Vous avez cédé par manque d’audace. Cédé à une classe dominante en menant une politique d'austérité, vous avez volé des droits que nous avions acquis. Par exemple, celui du repos, de la retraite à laquelle vous avez pris quatre précieuses années.Vous avez taxé non pas les fortunés mais les pauvres, les personnes les plus fragiles, ces pauvres travailleurs qui se battent déjà pour survivre. Tout cela pour rembourser une dette dont ils ne sont en rien responsables, créée par des banquiers cupides, que votre prédécesseur a renfloués avec des sommes astronomiques et sans contrepartie.

La France n'a jamais été aussi riche, vous le savez Monsieur, mais la richesse est très inégalement répartie.

Comment pouvez-vous accepter en tant qu'homme de gauche que huit millions de personnes souffrent de la pauvreté alors que les 10% les plus aisés de France possèdent 48% des richesses ?
Comment pouvez vous accepter que des personnes comme Bernard Arnaud, PDG de LVMH, possèdent un patrimoine de 27 milliards d'euros, soit presque deux millions d’années de SMIC ? A-t-il vraiment mérité ces 27 milliards ? De tels revenus sont-ils nécessaires ? D'où vient cette richesse, sinon du travail de ses employés sous-payés qui eux, se battent pour survivre?

Comment pouvez vous accepter, en tant que garant de la République et de ses valeurs d'égalité, que les patrons les mieux rémunérés de France touchent entre 400 et 1110 années de SMIC par an alors que juste sur l’année 2013, quatre cent cinquante trois SDF sont morts de faim dont vingt huit enfants ? Ces enfants, Monsieur, auraient pu être votre progéniture. Si vous êtes un homme de gauche vous devez certainement avoir la conviction que leur situation ne relève pas de leur volonté mais de la contingence de leur naissance et donc admettre que c'est cette même contingence qui fait que vous êtes Président de la République, qui finalement a différencié leur destin du votre.

Sachez Monsieur, que vous avez plusieurs moyens d'action à votre disposition, pour cesser toutes ces injustices. Il vous suffirait de taxer ne serait-ce qu'une partie supplémentaire de ces richesses issues du capital et de l'évasion fiscale, estimées à 600 milliards d'euros afin de mieux la redistribuer. Il suffirait, par exemple, de seulement 13 milliards par an, selon le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) afin que tout citoyen français puisse ne plus souffrir ni de la faim ni de la soif.

Il ne s’agit pas par là de détruire le capitalisme. Encore moins de changer totalement le monde mais d'avoir l'audace d'apporter une justice, et permettre à des personnes d'avoir la capacité de vivre dignement.

Quelles ont été vos réponses face au grand défit du changement climatique ?
Au lieu de lancer de grands projets et de grands investissements dans les énergies renouvelables, d'orienter le pays vers la croissance verte, vous réagissez violemment avec comme objectif la défense, coûte que coûte, des projets inutiles et destructeurs.

Sivens comme Notre Dame des Landes ne sont pas que de simples projets mais des symboles.
Les maux de ce monde, de ce vieux monde, qui est sur le point de mourir. Ce monde consumériste qui ne prend en aucun cas conscience de la relation vitale que l'homme doit avoir avec la nature, un système qui en moins d'un siècle nous amène déjà au bord du précipice.

Il y a maintenant deux semaines, un jeune de mon âge a été assassiné.

C’était un jeune homme militant qui ne croyait absolument pas en la violence et au pouvoir de la haine.
Contrairement à vous, Monsieur le Président de la République, qui l'utilise par le biais de votre milice policière.

Je me trouvais, hier, au rassemblement organisé à Toulouse, accompagné d'autres militants, dont une très large majorité était également pacifiste, afin d'exprimer notre refus et notre désarroi face aux abus policiers. Abus policiers démontrés par l'utilisation d'armes létales dont l'usage fut grandement abusif (flashball, grenade assourdissante ou offensive).

Nous avons été pris en étau par la Police, qui luttait contre des casseurs, groupe dont la démarche violente n'est pas acceptable.

Possédez-vous donc cette sagesse d'esprit, Monsieur, de ne pas opérer d'amalgame entre ceux dont le mécontentement est animé par la haine, et ceux qui, a contrario, s'indignent de manière pacifique ?

Un cordon de CRS nous a empêché de quitter cette manifestation, qui se transforma progressivement en émeute. Alors que nous scandions notre pacifisme, tout en exhibant les paumes de nos mains, nous étions enfermés sur ces allées Jean Jaurès, triste théâtre des affrontements. Les forces de l'ordre, anciennement Gardiens de la Paix, ont bafoué notre liberté de circulation, droit fondamental figurant dans un des textes régissant l'intégralité de la justice ; la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen édicté en 1789. Déclaration intégrée dans notre Constitution, dont l'exécutif, a le devoir de veiller à son respect en vertu de l'article 5 de la Constitution.

Enfin, nous avons pu sortir de ce guet-apens en passant par une résidence privée. Nous avions d’ailleurs été parmi les dernières personnes à pouvoir fuir cet enfer. Car par la suite, un CRS a bloqué la porte par laquelle nous avions pu fuir, violant ainsi un domicile sans autorisation. Cet infâme individu empêchait les habitants de la résidence de rentrer à leur domicile. Enfin, seulement ceux qui n'avaient pas "la couleur de peau appropriée".

En effet, une famille "ne rentrant pas dans sa norme", qui par ailleurs n'avait rien à voir avec la manifestation, souhaita regagner son domicile, accompagnée d'un enfant en bas âge. Ils voulaient juste rentrer chez eux, fuir cette guérilla urbaine. Le CRS leur a refusé l'accès à leur propre demeure, alors que plus tard, une personne correspondant plus à l'idéal du bon français vu par le CRS, se vit autoriser l'accès à son domicile.

Vous avez une part de responsabilité dans ces violations, vous êtes le garant du contrat social Monsieur, de ces règles et de ces droits qui régissent la bonne entente entre les citoyens.

Ce sont ces droits, ces devoirs constamment violés, cette rupture avec les intérêts du peuple, ce piétinement des valeurs fondamentales qui créent un véritable chaos dans la société. Une violence, Monsieur, qui peut nous mener aux pires atrocités, et mettre en danger notre République.

Si je vous écris cette lettre Monsieur, c'est pour vous adresser mon inquiétude quant à l'état actuel de notre pays qui est de plus en plus divisé, et dont l'avenir semble trouble. Je sais pertinemment que cette lettre ne va strictement rien changer à votre politique, mais cela peut être au moins un moyen de vous ramener à quelques unes de vos valeurs énoncées lors de votre campagne électorale : celles de la gauche et de la République.

Jaurès, qui est normalement un exemple pour tout homme de gauche, disait : ''La République c'est la confiance et l'audace.''

Si vous n'avez pas l'audace de relever les grands défis auxquels nous sommes confrontés, la confiance ne régnera jamais. Et je ne parle pas seulement de vous Monsieur, de vos intérêts égoïstes qui pourraient être l'envie d'être réélu, l'envie de voir votre côte de popularité augmenter ou tout autre abject artifice, mais de la République qui a besoin de cette confiance pour vivre. Agissez, ayez de l'audace avant que la confiance des Français en leur République ne disparaisse pour toujours et que renaissent les monstres du fascisme, de la haine.

Avec le peu de confiance qui me reste en votre audace,

William Poulhalec.

 

 

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