Marche des banlieues - Journal de bord

  • Titre

    Marche des banlieues - Journal de bord
  • Instance démocratique

    Groupes - Campement
  • Corps

    9e jour – 23 avril. Montreuil > Aubervilliers

    -          Suite aux événements de l’avant-veille et comme la municipalité de Montreuil ne nous avait pas proposé d’abri,  le lieu de rendez-vous pour le départ a été fixé à midi. Nous nous retrouvons sur la place du marché de Croix de Chavaux. Le départ est difficile, au vu des conditions :

    o   la pluie

    o    il manque le trajet le parcours

    o    suite à la dispersion des marcheurs à la fin de la manif du 22, il faut du temps pour que tout le monde se regroupe …

    -          Gilles a repris le travail, il n'y a  donc plus de voiture pour accompagner la marche et récupérer le matos. La solution trouvée est de laisser les affaires chez Délia en attendant que Gilles revienne du travail.

    -          Avant de reprendre la marche, nous mangeons sur place et faisons une petite assemblée interne pour faire le point sur l'accueil téléphonique de la marche et des relations avec les médias. Nous décidons que l'accueil téléphonique doit tourner et rester anonyme.
    Nous discutons de la façon de répondre à la presse, en prenant en compte ce qui a été décidé collectivement par consensus au sein de la Marche des Banlieues, tout en gardant la parole libre, sans tomber dans les pièges de l'actualité car notre marche est indépendante des élections en cours.

    -          Nous accordons une interview sur place à Radio Jazz, puis nous partons vers 13 h 30.
    De nouveaux marcheurs nous ont rejoints, dont un rencontré la veille pendant la soirée festive, deux autres marcheurs en provenance de Strasbourg, 2 de Lille et 1 de Nanterre !
    Sans carte, nous demandons la route aux passants et consultons les plans de la ville que nous trouvons sur le chemin… Bref, perdons pas mal de temps sous la pluie. Passant, devant un bâtiment municipal à Pantin, l’un de nous fait une inscription sur une porte à la craie. Les agents de la police municipale débarquent en 4x4 et gilets pare-balles, plutôt enragés, ce qui étonne ceux qui n’habitent pas la région parisienne. Ils le contrôlent, mais comme ils n’ont rien à nous reprocher, ils nous laissent partir.

    -          Nous arrivons à Pantin sur les lieux d'un squat où un incendie en septembre dernier a provoqué la mort de 6 sans-papiers, 4 Tunisiens et 2 Égyptiens (relogés à plusieurs reprises, ils ont vécu dans plusieurs squats sur Paris). Le lieu a été barricadé pour interdire l'accès, empêchant tout recueillement. La plupart des indignés ne connaissaient pas les faits, Flo nous les fait donc  connaître.

    -          A proximité de ce squat, dans une ruelle, nous rédigeons un mémoire rappelant les faits pour faire connaître la vérité sur ce drame. Flo témoigne de cette histoire, les larmes aux yeux.

    -          Nous allons ensuite devant la mairie de Pantin pour demander des informations et afficher des pancartes pour dénoncer les faits. A l'intérieur du bâtiment, nous réclamons l'application de l’article 15 de la déclaration des droits de l'homme affirmant que tout citoyen a le droit de demander des comptes à son administration. On nous fait remplir un papier afin de prendre RDV avec le  maire. Puis, un élu apparaît, et nous lui posons nos questions. Selon lui, ce serait le juge d'instruction qui bloquerait le dossier ; il nous dit qu’il a lui-même rédigé l'arrêté interdisant la reconstruction du lieu incendié.

    -          Nous poursuivons en direction de la Mairie d'Aubervilliers avec beaucoup d'échanges et de manifestations de sympathie de la part des habitants du quartier, jusqu'à l'arrivée à la place de la mairie, où un journaliste de RFI Angleterre nous attend. L'accueil de l'adjoint au maire est aimable ; il nous indique un petit gymnase où nous pouvions passer la nuit, puis nous avons le champ libre pour mettre en place notre assemblée populaire sur la place de la mairie !

    -          Nous accrochons 2 banderoles : « marches des banlieues» et «assemblée populaire». Le Maire vient nous saluer. Marine, l'association « MINGA » avec qui nous avons mis en place l'assemblée populaire sur le thème de l'alimentation, nous rejoint. L'échange de connaissances se passe bien, , orienté vers les propositions d'alternatives et la nécessité des peuples du monde de répondre à leurs besoins vitaux. Une vraie convergence est née aux yeux de certains d'entre nous, qui a motive pour enclencher des projets locaux. Plusieurs passants souhaitent s'exprimer sur le sujet, et une d'entre eux manifeste son souhait de nous rejoindre pour participer à quelques étapes. Grâce à cette dernière, habitante du quartier, nous sommes tous invités par le bar d’en face à prendre le café. Moment très convivial avec les gens du quartier.

    -           Puis nous rejoignons la salle de quartier mis à notre disposition par la municipalité afin de faire notre assemblée interne. Nous décidons de faire demain un petit déjeuner populaire sur la place du marché et de fixer le départ a midi en direction de Bobigny, en faisant étape à la Courneuve, suite à l'invitation de personnes qui ont participé à l'assemblée d’Aubervilliers.

     

    (Demain mardi, rendez-vous à 12h à place de la Mairie à Aubervilliers, pour partir à Bobigny, où nous nous retrouvons place de la préfecture à 18 h. Marchons ensemble !).

    Pour contacter la marche : 06 42 68 55 44 - drp.marchebanlieues@gmail.com.

    8e jour – 22 avril. Paris > Montreuil

    -          Début de journée très désorganisé, du fait des événements de la soirée et de la nuit agitée que beaucoup de marcheurs ont passée : il a fallu que les groupes se retrouvent, aller chercher les véhicules envoyés à la fourrière, opter en commun pour le choix du plan B pour passer la nuit, s’y rendre...

    -          Nous avions fixé rendez-vous à Porte de Montreuil, pour entrer ensemble dans la ville. Seuls deux marcheurs ont pu s’y rendre, et n’arrivent en plus pas à se trouver l’un l’autre. Malgré tout, l’essentiel est sauf : la marche, incarnée temporairement par une seule d’entre nous, fait le trajet jusqu’au lieu d’accueil, le marché Croix de Chavaux.

    -          Sur place, les quelques marcheurs présents sont accueillis par plusieurs indignés montreuillois, dont la vingtaine de membres du groupe Tarace Boulba qui nous offre à tous un superbe concert. L’occasion également de partager des en-cas et des boissons, de diffuser des tracts et de débattre avec les nombreux clients du marché, qui s’arrêtent et manifestent leur plaisir et leur soutien.

    -          Notre petite troupe part ensuite en fanfare jusqu’à la mairie, en passant par la rue piétonne, hélas un peu vidée par les averses qui ont précédé.

    -          Devant la mairie, plusieurs indignés nous attendent. Nous partageons des sandwichs, puis entamons une assemblée qui coïncide avec celle, hebdomadaire, du mouvement des indignés à Paris. La pluie reprenant, nous sommes contraints de nous protéger sous le portail de la mairie, et d’être donc hélas un peu moins visibles par la population.

    -          Les événements de la veille sont encore dans toutes les têtes et, plutôt que sur les thèmes envisagés par les indignés de Montreuil, c’est sur le bilan de cette journée et la coordination entre les différentes marches, les questions de communication, etc., que porte l’assemblée.

    -          Le temps restant menaçant, nous décidons de déplacer le concert AARDY ! prévu place de la mairie, et de nous rabattre sous la halle du marché Croix de Chavaux. Nous nous y rendons tous en manifestation, et passons la soirée à chanter, danser, parler et boire une bonne chorba. Des riverains se joignent à nous, découvrent et reprennent les textes des chansons « politiques » des AARDYstes, et assistent aux impros au vitriol du rappeur JD (impressionnant…).

    7e jour – 21 avril. Gennevilliers > Paris

    -          Nous nous levons tôt. La journée sera longue. On nous attend à 13 h aux Halles, où toutes les marches convergent. Comme convenu, nous quittons le gymnase avant 9h, après l’avoir rangé et nettoyé.

    -          Nous quittons Gennevilliers avec la banderole « Justice et vérité pour Jamal », confectionnée la veille.

    -          Direction Paris, via Clichy. Chansons, slogans, tracts. La télévision espagnole TVE a décidé de nous suivre sur tout le trajet, et réalise quelques interviews.

    -          Arrivée à l’Opéra, nous décidons de faire un détour et de prendre par la droite, direction le ministère de la Justice, place Vendôme. Sur place, nous attachons notre banderole pour Jamal sur portail de l’édifice, puis nous nous allongeons devant ce portail, pour évoquer la mort de Jamal et la prison mortifère. Après une déclaration, nous repartons vers les Halles ; les policiers qui nous suivent à distance ne sont pas intervenus, surpris sans doute par cette initiative improvisée.

    -          Nous arrivons à la Fontaine des Innocents à l’heure convenue, suivi de près par les marches Bayonne, Toulouse, Marseille et Angers. Abrazo colectivo, chansons, slogans, déploiement de toutes nos banderoles et cartons, et beaucoup d’échanges entre nous et avec ceux qui sont venus nous accueillir, ou des passants étonnés et approbatifs. Ces retrouvailles festives durent plus d’une heure.

    -          Nous partons ensuite en manifestation, à 500 environ. Nous passons devant la Chambre des députés avec notre banderole « Ils ne nous représentent pas ». Arrivée près de la Tour Eiffel, hésitation. La plupart des marcheurs souhaitent investir le champ de Mars, mais la police, de plus en plus pressante autour de nous, a déployé beaucoup de véhicules, à la fois pour nous empêcher de passer et pour nous cacher aux touristes. Finalement, nous nous dirigeons vers l’esplanade du Trocadéro, où un rassemblement a été déclaré en préfecture.

    -          Très rapidement, nous constatons que l’endroit est encerclé par un important dispositif de policiers casqués et armés, et nous sommes repoussés, parfois brutalement, tout en haut du jardin, au pied des escaliers.

    -          Nous entamons une assemblée, mais la présence agressive de cette armada policière est dans tous les esprits, et nous empêche de nous consacrer aux échanges et à la construction démocratique. D’autant que personne ne peut nous rejoindre, et que nous-mêmes ne pouvons pas sortir de cet espace confiné.

    -          Ainsi, alors que ce rassemblement était déclaré, alors qu’aucune violence et aucun débordement n’a été observé de la part des manifestants, la police a investi une grande partie de l’espace prévu pour ce rassemblement et nous y séquestre, comme elle l’avait fait le 17 septembre. Aucun policier ne nous demande nos papiers, et nous sommes donc face à un arbitraire le plus total, et purement politique. Les indignés qui, n’ayant pas pu rejoindre le rassemblement, s’adressent à nous depuis le haut de la place, sont sommés de quitter les lieux sous peine d’arrestation.

    -          La situation s’éternise jusqu’à minuit environ, les policiers condescendant à partir d’un certain temps à laisser filtrer certains de nous par petits groupes, qui sont amenés sous bonne escorte jusqu’au métro.

    -          Ils ont réussi à empêcher un rassemblement pourtant déclaré et pacifique, mais notre motivation est plus que jamais renforcée.

    6e jour – 20 avril. Argenteuil > Gennevilliers

    -          La commission « réveil » nous sort du « lit » en douceur. On commence à ressentir la fatigue, surtout les marcheurs de Lille qui ont beaucoup de kilomètres dans les jambes.

    -          AG interne du matin, avec retard. On choisit les éclaireurs (ceux qui sont le plus fatigués, et donc vont dans la voiture), on écoute la délégation de la coordination des marches qui nous explique ce qui a été décidé lors de leur réunion à Paris. On s’entend vraiment bien avec les gens de la marche de Lille. Vu le manque de temps, on est obligé de reporter la fabrication du pochoir pour Ali Ziri.

    -          On part sous la pluie, mais avec la pêche. Le trajet Argenteuil – Gennevilliers est court, par rapport à celui des précédentes étapes ; nous arrivons sur les pelouses du Luth en tout début d’après-midi.

    -          Prévenue le matin de notre arrivée, la police municipale vient à notre rencontre. Elle nous reçoit courtoisement, mais nous recommandent de ne pas entrer dans le quartier, car « c’est dangereux pour nous », et qu’une « bande de 30 petits connards » peuvent nous nuire. « On vous interdit de planter les tentes dedans, pour votre sécurité ». Passant outre ces remarques (qui ont mis Fafa sacrément en colère), un groupe va à la rencontre de la population (pendant qu’un autre groupe prépare la nourriture, un autre sort les affaires du camion, et un autre va faire de la récup). Des discussions se font par petits groupes, et l’accueil est chaleureux. Nous faisons une opération « inscriptions à la craie » sur le sol. Les passants réagissent, et viennent parler avec nous.

    -          A 18 h 30, on part bruyamment pour le gymnase Henri Wallon mis à notre disposition par la municipalité (qui, avertie de notre venue le matin, a réagit très vite et est venue nous accueillir). Des lits de camp ont même été installés sur place à notre attention.

    -          Sur place, on prépare à manger. Le frère de Jamal, un jeune originaire du Luth tué il y a six mois à la prison de Nanterre, vient nous rendre visite, à notre invitation. Nous nous assemblons pour échanger avec lui, et écouter son témoignage. Jamal a été frappé à mort par des surveillants alors qu’il se trouvait au mitard, et ils ont essayé de maquiller cette mort en suicide. Il n’avait aucune raison de se suicider (une fiancée et la perspective de sortir dans quelques jours) et la contre-expertise médicale demandée par la famille (comme les photos du corps) montre bien tout ce que Jamal a subi avant de mourir. Pourtant, à ce jour aucune enquête n’a été ouverte. Le corps de Jamal a été rendu à sa famille, mais les viscères (cerveau, cœur, etc.) ont été enlevés préalablement, et donc il n’est pas possible de prouver de quoi est il est mort.

    -          Nous sommes tous très touchés par ce témoignage. Nous décidons de faire une banderole « Vérité et justice pour Jamal », que deux jeunes de la marche de Lille confectionnent le soir même, malgré l’heure tardive et la grande fatigue. Nous décidons aussi de nous retrouver le 3 mai, qui marquera les 7 mois de la mort de Jamal, devant la prison de Nanterre pour une déclaration que nous rédigerons d’ici là. Nous discutons aussi de la prison de façon générale, et sommes d’accord sur le fait que cette forme de torture ne devrait pas exister dans une société équitable.

    5e jour – 19 avril. Conflans-Ste-Honorine > Argenteuil (Journal rédigé avec la marche de Lille)

    -          (Suite et fin de la journée du 18/4) - L’assemblée écourtée par la pluie se poursuit à l'intérieur du gymnase, mais l'actualité de l'arrestation des membres de la marche de Toulouse/Bayonne occupe la grosse majorité de cette seconde partie d’assemblée. Une bonne soupe nous est offerte par les indignés de Conflans, puis nous fêtons un anniversaire, et nous endormons au chaud

    -          Le lendemain, après une assemblée interne du matin où nous discutons et décidons du programme de la journée et de celle du lendemain, nous nettoyons le gymnase, puis partons tous joyeusement sous le soleil, qui nous change de l'étape pluvieuse d'hier. Tous sauf… la camionnette de la marche des banlieues qui, après nous avoir vaillamment servi (merci Gilles), finit par refuser de démarrer…

    -          La première partie de la marche s’effectue sur les jolies rives de la Seine. Déjeuner champêtre au bord de l’eau à l’entrée d’Herblay.

    -          Seconde partie sur la route. La police nous interpelle suite, paraît-il, à des plaintes de riverains car nous bloquions légèrement la voie  (notre charrette, de la largeur d'un fauteuil d’handicapé, ne pouvait pas passer sur les trottoirs). Nous ne nous laissons pas bloquer et continuons notre chemin, laissant les policiers sur le trottoir.

    -          Sur toute la route, de nombreuses voitures ou camions nous klaxonnent, certains nous encouragent, des gens sortent aussi de leurs maisons pour nous saluer.

    -          Nous redéployons notre banderole en arrivant en musique dans Argenteuil. Arrivés à au parc de l’Hôtel de ville, nous prenons une collaboration offerte par la municipalité (les marcheurs envoyés en éclaireurs n’ayant pas pu trouver d’endroit pour nous préparer un café).

    -          Assemblée populaire sur l’herbe du parc avec, notamment, plusieurs membres du collectif « Justice et Vérité pour Ali Ziri », sous un rayon de soleil qui réchauffe nos cœurs face aux atrocités qui nous sont décrites. Ali Ziri et son ami (69 et 62 ans, le second étant invalide à 60 %), on été contrôlés en juin 2009 en plein centre ville par quatre jeunes policiers, qui les ont roués de coups. Ali Ziri en est mort. Malgré l’expertise médicale, les policiers n’ont toujours pas été entendus par la Justice.

    -          Cette assemblée populaire à Argenteuil décide au consensus et acte :

    o   la nécessité de supprimer les contrôles d'identités spontanés (c’est-à-dire effectués en dehors d’une enquête ou d’une plainte précise).

    o   sa volonté qu’une enquête transparente et une procédure judiciaire soit menées afin d'établir la vérité sur cet assassinat.

    o   de remplacer, avec les Indignés et lorsque le collectif « Justice et Vérité pour Ali Ziri » l'aura décidé, la plaque placée en mémoire d’Ali Ziri à l’endroit où il a été tué. Cete plaque a enlevé été enlevée sous la pression du syndicat de policiers Alliance, de la Préfecture et du ministère de l’Intérieur.

    -          A l’issue de l'assemblée, nous marchons jusqu'au lieu où est mort Ali Ziri, et y collons symboliquement une affiche représentant la plaque enlevée. Là encore, en voyant nos banderoles « Indignez-vous, rejoignez-nous » et « Justice et vérité pour Ali Ziri), de nombreux habitants nous saluent et nous klaxonnent.

    -          Nous rejoignons le gymnase en occupant la route, et y installons notre campement. L’association « Chorba » nous a préparé à nouveau un bon repas.

    (Demain, nous partons vers 12h du gymnase Paul-Vaillant Couturier rue Grégoire de Tours, et allons à Gennevilliers. Rendez-vous à 16h à la sortie du métro Les Agnettes, puis à 18 h à celle du métro Asnières-Gennevilliers)

    18 avril – 4e jour. Méry-sur-Oise > Conflans-Ste-Honorine

    -          Nuit dehors sous la pluie, mais, bien équipés, nous avons bien dormi. Hier soir, autour du feu de camp, assemblée interne des marcheurs. Les marcheurs de Lille nous racontent leur mode d’organisation. On voit qu’ils sont sérieux, responsables et très bien organisés. On a beaucoup de choses à apprendre d’eux.

    -          Petit déjeuner au stade, et, le temps d’une visite d’un RG de passage, on fait les bagages et on décolle pour arrivée à l’heure au rendez-vous de Conflans.

    -          Marche sous la pluie, même parfois sous la tempête. En route, on rencontre un hameau de gitans avec qui ont discute. Ça les fait rire de nous voir avec nos caddies, nos poussettes pleines de craie pour écrire sur la route (on fait des inscriptions tout au long du trajet). On compare leur hameau, installé près des usines, avec ce que vivait l’immigration algérienne dans les années soixante. On débat de l’utilité des manifestations et protestations diverses. Ils en doutent…

    -          On déjeune sous un chêne à Pierrelaye. Le maire du village vient nous voir, prévenu par la police municipale qu’on est là. Il nous dit qu’il soutient à fond les indignés, nous propose de manger au chaud, et nous assure que cela lui ferait plaisir de nous héberger.  Débat ensuite sur le Conseil national de la résistance, les lois de nationalisations, l’ordonnance de 45 sur la protection de l’enfant, etc. On repart avec des chocolats et des gâteaux.

    -          Arrivée à Conflans, avec un accueil chaleureux du groupe d’indignés de la ville. Rassemblement devant la mairie, échanges, puis on part en manifestation jusqu’à la place du marché. Les indignés de Conflans ont travaillé sur la question du logement et fait un tract qui d’une face rappelle les chiffres du mal-logement en France, de l’autre liste quelques propositions qu’ils ont consensuées.

    -          On déploie des banderoles appelant à la réquisition sur les murs de deux maisons vides depuis plus de vingt ans. On s’installe en cercle et on commence l’assemblée thématique.

    -          Hélas, au bout d’une demi-heure, la pluie s’accentuant, on est obligé de se décider à partir (toujours en manifestation) vers le gymnase mis à notre disposition par la municipalité. (On se dit qu’il faudrait publier la liste des municipalités qui nous ont bien accueillis, comme Conflans ou Bouffémont, et de celles qui nous ont refusé l’abri et nous ont envoyé la police, comme Méry-sur-Oise).

    -          Là, les débats continuent par petits groupes. Les indignés de Conflans ont une proposition : travailler ensemble à l’occupation d’un lieu dans chaque ville, afin d’y accueillir ceux qui n’ont pas de logement. Tout en discutant, on partage une délicieuse soupe bio qu’ils ont nous faite le matin.

    (Demain jeudi, nous comptons partir vers 11 h, car le trajet est plus long. Nous avons rendez-vous  Argenteuil à 17 h dans le Parc de la Mairie, accueillis par des membres du comité Ali Ziri). 

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    17 avril – 3e jour. Bouffémont > Méry-sur-Oise

    • Nuit au chaud, réparatrice. Après un bon petit déjeuner, nous rangeons et nettoyons pour rendre les lieux aussi propres que nous les avons trouvés, et marquer notre respect pour ce bien commun mis à notre disposition par la municipalité.
    • Assemblée interne. On trouve que l’ambiance du groupe est bonne. Discussions sur quelques problèmes techniques. Par exemple, certains d’entre nous marchent vite, d’autres plus lentement ; comment respecter le rythme de chacun, sans exclure personne ? décision : chaque petit groupe avance à son rythme, mais avant chaque entrée de ville, on s’attend pour arriver ensemble. On réfléchit à ce qui peut créer des tensions entre nous. Pour les éviter, toujours poser les problèmes en termes de fonctions et de mécanismes sociaux plutôt qu’en termes de personnes.
    • On part presque à l’heure. Marche champêtre, de mignons villages, de superbes paysages, mais une p… de pluie continue sur notre dos. Des sacs poubelles servent de k-way, et le moral reste au beau fixe. Repas sous un abribus avec dégustation du fromage de chèvre de Chauvry (hum…). Débat avec un agriculteur sur la question des OGM. L’après-midi, on se perd, on doit couper par la forêt, à travers champs…
    • On arrive éreintés à Méry-sur-Oise. Accueil chaleureux des indignés du Nord, qui nous ont préparé le repas. Ils sont plus d’une vingtaine. On se rencontre, on échange individuellement, puis on fait une assemblée qui permet de partager les expériences, et de décider ce que nous ferons le lendemain à Conflans et jeudi à Argenteuil. Ces marcheurs du Nord (pas seulement de Lille : ils ont été rejoints par d’autres à Bapaume, à Bauvais, etc.) sont dynamiques, enthousiastes, et ça fait plaisir de constater qu’on est sur la même longueur d’ondes.
    • Le maire de Méry, à qui nous avions demandé un lieu couvert, a refusé. Il a laissé les marcheurs planter leur tente sur le sable du stade municipal, mais refuse également de laisser ouvert les vestiaires durant la nuit, alors qu’on lui a expliqué que, vu les conditions climatiques, il était important que certains d’entre nous puissent avoir la possibilité de se mettre au sec. Il reproche aux indignés du Nord d’avoir tenu un discours anti-électoraliste, et d’avoir fait quelques inscriptions à la craie sur le sol dans la ville…
    • Quatre d’entre nous doivent quitter temporairement la marche ce soir. Heureusement, d’autres arrivent par le train pour prendre la relève. On a besoin de cela, car chacun a ses impératifs, et il faut que nous soyons nombreux à participer à cette marche d’ici le 12 mai.

    (Demain, nous allons à Conflans-Ste-Honorine. Rendez-vous à 17h place de la Mairie, et à 18 h place du marché. Nous coucherons le soir dans un gymnase mis à notre disposition par la municipalité).

     

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    16 avril – 2e jour. Villiers-le-Bel > Bouffémont

    Villiers le bel

    • Après une nuit glaciale, on profite tous d’une douche chaude (offerte par la providence…), et d’un café qu’un militant du quartier de la ZAC rencontré la veille vient nous apporter.
    • On doit se mettre à plusieurs pour démarrer la voiture. Un jeune automobiliste nous voit, et sort de sa voiture en s’écriant « Ah, mes potes les indignés, on va leur donner un coup de main »…
    • On déjeune au quartier de la ZAC, rejoint par deux militants du quartier – débat sur la justice de classe  et la justice raciste, avec le témoignage de « Fafa la rebelle » au procès des 5 inculpés de Villiers-le-Bel, et sur Europacity, un projet pharaonique contre lequel plusieurs associations se mobilisent (le Collectif pour le triangle de Gonesse). Deux d’entre nous vont devant la plaque qui commémore la mort des deux jeunes tués en 2007, Larami et Moushine. Les mots nous manquent. A côté, un chantier, bruit des camions : la vie semble continuer. Nous reviendrons un peu plus tard, pour une intervention de Fahima et Daniel, en solidarité aussi avec Abou et Adama, encore en prison, condamnés sans preuve sur la base de témoignages rémunérés sous X, et débat sur la question de la récupération politique.
    • Départ de la marche vers Bouffémont, à partir du quartier de la Cerisaie, où plusieurs habitants nous ont encouragés et remerciés.
    • Plusieurs rencontres pendant la marche. Les téléphones sonnent sans arrêt, car les journalistes commencent subitement à venir prendre des nouvelles. Des automobilistes klaxonnent en nous voyant.

    Bouffémont

    • Charmante petite ville. Le maire avait été appelé le matin, pour lui demander un abri, vu les conditions climatiques et notre état physique. Il met immédiatement à notre disposition un local chauffé, avec cuisine, etc. Bref, le luxe par rapport aux deux nuits précédentes.
    • Des indignées de Bouffémont, qui participent à l’accueil à Conflans, viennent nous rendre visite. Tout en mangeant un délicieux plat confectionné par Délia, nous discutons avec elles, parlons de l’organisation de l’accueil et de toutes sortes d’autres sujets. Elles ont la pêche et on voit qu’on est attendu.

    15 avril – 1er jour. Saint-Denis > Villiers-le-Bel

    • Départ à une vingtaine à presque 17 h – difficile d’interrompre l’AG -, après une nuit à côté de la basilique. 8 tentes côte à côte et zéro flic autour, cela faisait longtemps !
    • Juste après le départ, on se fait arrêter par un groupe de rap, épatés par notre enthousiasme. On accepte d’être filmés pour passer dans le clip qu’ils sont en train de faire.
    • Sur la route, une invitation inattendue : on prend le repas dans un temple Hare Krishna, on leur parle de la marche, ils nous racontent celle qu’ils ont faite pour la paix il y a 20 ans. On discute des élections, de l’islamophobie, etc.
    • On arrive tard à Villiers-le-Bel. On se perd pendant un moment mais, le hasard faisant bien les choses, Fafa reconnaît dans la rue un membre de la famille des jeunes condamnés lors du procès après les émeutes de 2007. Il nous accompagne une partie du chemin.
    • Il y a eu un article dans le Parisien, et les gens connaissaient notre arrivée. Des voitures klaxonnent en nous voyant.
    • Il fait nuit, un enfant du quartier de la ZAC vient nous saluer, et reconnaît Fafa. Il nous indique un parc, et on l’investit pour planter nos tentes. Après une veillée autour d’un feu de camp et d’une guitare, on va tous se coucher.
  • Auteur

    jbdev
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