Démocratie interne - CR de la réunion du 27 juin 2011
Titre
Démocratie interne - CR de la réunion du 27 juin 2011Instance démocratique
Groupes - CampementCorps
Compte rendu de la réunion du 27 juin 2011
Tour de parole : Sophie (Fifine)
Modérateur : Michel
Prise de notes : Jean-Baptiste
Propositions d’ordre du jour et approbations
- Les conditions formelles de la pratique de la démocratie réelle (6)
- Quelles initiatives personnelles ou de groupe sans l’accord de l’AG (3)
- Mode de coopération entre différentes commissions travaillant sur des thèmes voisins (1)
- Quelle structure pour coordonner entre elles les différentes villes, quartiers, etc. (2)
- Comment éviter de fonctionner en autarcie (4)
Les conditions formelles de pratique de la démocratie réelle
JB : En ce moment, j’entends beaucoup parler d’actions, de convergence des luttes, etc., et, simultanément, on a vu à la dernière AG un relâchement par rapport aux règles de fonctionnement démocratique : tribune donnant son avis, tribune pas assez consistante et pas assez attentive, etc. Or, avant que les luttes convergent , il faut que chacun mène la sienne propre. C’est quoi, notre lutte ? Montrer à tout le monde qu’il est possible de débattre, délibérer et prendre des décisions de manière véritablement démocratique, et faire que, par la pratique, chacun devienne exigeant et refuse de se soumettre aux décisions prises d’en haut. Mais la pratique démocratique n’est pas si simple. Il faut garantir que chacun ait effectivement une possibilité égale de participer à la décision. Pour cela, des conditions formelles doivent être réunion : rendez-vous clairs pour chacun, annoncés à l’avance, publicité des débats, neutralité absolue de la tribune, comptes-rendus complets et contradictoires (que chacun puisse signaler ce qui manque), etc. Il ne faut surtout pas prendre de liberté vis-à-vis de ces règles, car sinon, cela veut dire que nous ne menons pas notre lutte.
Geoffrey : un des principes de base de la démocratie, c’est le respect des minorités. La décision au consensus correspond à cela. Pas d’oppression de la minorité par la majorité. Par ailleurs, on est indigné par le manque de respect, les attitudes de domination, etc. Or, au sein du mouvement, il y aussi des tendances comme cela. Si on veut éviter les luttes d'ego, il faut suivre les règles de fonctionnement démocratique.
Michel : Il peut y avoir entre nous des attitudes de manque de respect, car on est imprégné d'un mode de pensée depuis notre enfance et qu'il est difficile de s'en débarrasser. D'où l'importance des conditions formelles : neutralité de la tribune, toujours demander si quelqu'un s'oppose, avoir une présentation claire de sorte que les gens aient les moyens de répondre et d'intervenir. L'AG de vendredi dernier était la caricature de ce qu'on risque si on oublie notre rôle. Cela suppose de l'autodiscipline, et de la discipline commune.
Geoffrey : reste la question : comment partager cette exigence, et éviter que des "nerveux" sortent de ce cadre commun.
Sophie (Fifine) : C'est vrai qu'il y a une question d'éducation. J'ai assisté à une réunion de coordination, au cours de laquelle la tribune a été désignée au sein de ce groupe. Est-ce normal ? Par ailleurs, des gens continuent d'aller à la tribune, d'y rester et de parler avec les membres de cette tribune alors qu'ils n'ont rien à y faire. La tribune ne doit pas donner son opinion, on ira nulle part si on fait comme cela. Tout n'est pas réglé dans le mouvement, et ça, c'est pour moi le B-A-BA. C'est pourquoi pour moi, on en est encore au temps du débat, pas des décisions.
Jean-Baptiste : Il n'y a pas que l'agressivité qui nuit à l'échange démocratique. Le mépris aussi. Mettre les gens dans ces cases, les juger sur leur apparence, discuter avec son voisin lorsqu'ils parlent, etc., c'est aussi une façon de leur faire "clouer le bec". Par rapport à l'éducation, je remarque que les jeunes générations ont des attitudes plus démocratiques et plus respectueuses que lorsque nous étions jeunes, nous, où la parole était monopolisée par des "leaders maximaux"… Par rapport à ce que Sophie disait des gens qui viennent dans la tribune sans raison, le nouveau lieu d'AG (hémicycles du quai St-Bernard) permet d'éviter cela, tout le monde reste assis dans l'arène, sauf pour venir intervenir.
Jonathan : Il ya aussi la question de la durée des AG. Elles ne devraient pas dépasser 2h30 à 3h. Vendredi, il y avait trop d'interventions. Il faudrait les limiter avec un chrono, ou limiter au départ la durée du débat.
Peko : pourquoi fixer des rendez-vous d'AG le dimanche à 17 h ? Il faudrait plutôt les fixer en début d'après-midi. Les gens s'engageraient plus, car ils y consacreraient leur dimanche après-midi. Ça permettrait d'avoir plus de temps.
Michel : de toute façon, après 3h, on ne peut plus s'écouter. Les gens bougent, c'est trop long. Par ailleurs, je trouve que le rond est plus adapté à un fonctionnement démocratique que l'hémicycle. On pourrait très bien avoir un grand rond, voir même plusieurs ronds concentriques. Et la tribune pourrait être répartie dans ce rond sans que cela pose problème (les responsables des tours de parole circulant pour prendre les interventions). Chacun resterait à sa place pour parler.
Sophie (Fifine) : Il faut tenir compte du fait que certains, quand ils voient des règles, réagissent en s'opposant car ils ne veulent pas qu'on leur impose. Il faut réussir à passer du "je/vous" au "nous".
Geoffrey : Il y a toujours des nouveaux arrivants qui peuvent remettre en question les règles. Pour être légitimes, il faut expliquer à chaque fois. Si certains ne sont pas OK avec ces règles, ils peuvent venir en discuter en commissions, et on pourrait mettre à disposition une boîte à suggestions.
Peko : Les règles formelles de la pratique démocratique, elles relèvent du bon sens. Le respect de l'interlocuteur, c'est évident. Sans cela, pas de société. S'il y a un problème avec quelqu'un, le rôle des participants est de faire comprendre à cette personne qu'elle doit changer de mentalité pour faire partie de l'AG. On pourrait aussi prévoir des panneaux explicatifs.
Jean : Les règles sont connectées au sens de notre projet. Il faut rappeler le sens du mouvement : la démocratie, avant d'indiquer les règles, car c'est de cela que les règles découlent. Voici le projet, on a donc adopté telles règles de fonctionnement, et on vous invite à les adopter.
Michel : Le problème d'une boîte à idées, c'est le caractère anonyme, et la question du dépouillement. Il vaut mieux favoriser la parole directe. En parlant de sa place, je pense que cela facilite pour les gens qui ont du mal à se montrer en public. Ce qu'il faudrait, c'est, en début d'AG, de préciser : pourquoi on est là ? Quelles sont nos règles ?
Geoffrey : OK, il y a le bon sens, mais le libre arbitre n'existe pas. Très peu de gens viennent consciemment pour foutre en l'air l'AG. Mais les gens sont influencés par leur histoire. Donc il faut expliquer, rappeler. Mais la boîte à idées peut être utile.
Jonathan : Le bon sens, ça n'existe pas. Chacun a son background culturel, son "habitus" comme dit Bourdieu. Lebon sens n'est que l'idée acceptée par la plupart des gens. La boîte à idées peut ne pas être anonyme : la personne donne son email.
Jean (?) : La boîte à idées, c'est les commissions. C'est l'aspect participatif. Je viens, je participe, je communique. Donc je ne suis pas pour la boîte à idées. Il faut que les gens participent déjà en commissions, ensuite ils participent à l'AG.
(Consensus sur le fait d'un texte d'explication et de présentation des règles. On va travailler sur un projet, à discuter en prochaine commission).
Comment éviter de fonctionner entre nous en autarcie ? Comment essaimer ?
Marc : Essaimer, chacun le fait à son niveau. Mais avec quels outils ? A-t-on une compréhension suffisante de la démocratie ? Il faut balayer devant notre porte, avant d'aller voir à l'extérieur.
Jean : Le mouvement grandira s'il y a une nécessité dans la population. Si 60 millions de gens pensent qu'on est pas en démocratie, ça bougera.
Guilhem : Diffuser des tracts, parler aux gens, c'est ça qui set important Il faut aussi qu'on ait des agendas un peu fixe, de façon qu'on ait du temps pour aller tracter, qu'on puisse s'organiser. Si on n'est pas un peu structuré, les gens viennent voir, puis repartent.
Jean : Il faut balayer devant notre porte, mais il faut aussi avancer. Les deux marchent ensemble. Il y a un véritable changement de mentalités en cours dans le monde. Et ce n'est pas (en tout cas pas seulement) le produit des activistes. Cela émerge de partout dans le monde. Si ce n'est pas ce mouvement qui débouche sur la démocratie réelle, ça viendra dans deux ans, dans cinq ans. De toute manière, le système nous y amène.
Peko : Il y a eu un pic le 29 mai, lié notamment à la curiosité des gens. Maintenant, il faut les attirer sur l'idée de s'engager sur quelque chose que partage le plus grand nombre. Les médias nous ont reproché de ne pas avoir de revendications claires. Mais on n'a pas de revendications à leur donner. Il faut juste continuer à diffuser le message. Si le message est clair, on grandira.
Jonathan : Il n'y a pas de sens de l'histoire, qui nous amène obligatoirement à la démocratie réelle. Les gens continuent à regarder le JT de TF1. Une des raisons pour lesquelles les gens nous rejoignent peu, c'est que le marasme n'est pas encore complet en France.
Geoffrey : On en revient au cadre de la travail de la démocratie. Ils font du fric avec le pétrole, le gaz, etc., ils sauront faire du fric avec l'écologie. L'important, c'est de changer de point de vue, de ne plus attendre d'eux la solution, mais de décider nous-mêmes, en démocratie réelle. Moi, quand j'ai compris cela, j'ai eu l'impression d'être débranché de la matrice (comme dans le film Matrix).
Roger : On sait qu'on délègue aux hommes politiques, mais on a aucun retour, aucun compte-rendu. Mais ce qui empêche les gens d'exercer leur responsabilité, c'est la culpabilisation du peuple. On leur dit : qu'est-ce que vous proposez ? Or, justement, être démocrate, c'est aller chercher ensemble les solutions, pas avoir des réponses toute faites. C'est donc un piège que de dire "donnez des solutions". Pour le nucléaire, on peut être contre, même sans avoir d'autres solution. Notre génération à nous (les anciens) a un dégoût de la "démocratie" dans sa forme actuelle, qui crée une société où il faut écraser les autres pour réussir. Réussir dans cette société, c'est un malheur….
Peko : un des problèmes avec la coordination intercommission, c'est que les propositions remontent des commissions, mais ne redescendent pas. Il faut que les propositions de commissions redescendent vers d'autres commissions, qu'elles soient débattues, reviennent avec des amendements, etc. De façon à ce que les propositions qui arrivent en AG soient matures, ce qui n'est souvent pas le cas. Il faut aussi permettent aux gens de s'exprimer en AG, et leur donner envie d'intégrer les commissions. Le début de l'AG de vendredi dernier était bien pour cela, c'était un malaxage d'idées.
Georffrey : Là où se fait vraiment le malaxage, c'est dans les commissions. Elles sont un cadre d'exercice de la démocratie. Elles sont comme une boîte à idées, mais les idées y sont soumises à l'épreuve de la critique.
Jean (?) : Masi le risque est que les nouveaux qui débarquent en AG bloquent les propositions, même matures, des commissions. Il faut que les commissions puissent avancer en s protégeant des gens qui bloquent. Je propose, pour arbitrer les cas de blocages de gens qui manifestement refusent de participer aux solutions, de créer une sorte de jury ,de "comité de sages" qui puisse trancher la question.
Guilhem : Pour ce dont on parle (l'accueil des nouveaux participants et les risques de blocages des propositions en), il y a des propositions : 1) L' « agora », un espace de discussion avant l’AG, qui permette le débat, et l’accueil des arrivants ; 2) Mettre en place un calendrier régulier, qui donne une visibilité dans le temps ; 3) Le rôle de la coordination entre les commissions, pour permettre aux propositions de s’affiner avant l’AG ; 4) Rappeler la distinction entre le veto (avant-bras croisés) et la désapprobation (main de haut en bas devant le visage).
Marc : Des gens disent dans le mouvement que le consensus ne marche pas, et qu’il faut revenir au vote majoritaire. Il y a eu pourtant beaucoup de décisions prises par consensus dans le mouvement. Le principe de la démocratie, c’est que la parole de tous est prise en considération. Et quand il y a opposition, il y a une contre-proposition, et il faut que cette contre-proposition aille aussi dans le sens de la démocratie réelle. Ce principe permet de lutter contre des tentatives de blocages par des gens qui n’iraient pas dans le sens de la démocratie réelle, car sur le fond, Démocratie réelle maintenant, on est tous d’accord.
JB : Il faut rappeler qu’un veto face à une proposition, c’est un acte fort. Cela veut dire : cette décision mettrait en danger le mouvement, ou ma participation au mouvement. Si je trouve une action puérile ou inefficace, je peux le dire, mais je ne vais pas maintenir un veto, je vais juste dire ma désapprobation, et laisser le consensus se faire.
Geoffrey : OK, mais tous ces critères ne sont pas objectifs. Donc, on doit trouver « le fil à couper le beurre », ce qui nous permet de distinguer objectivement un blocage d’un blocage pour empêcher l’assemblée d’avancer.
Guillhem : Il y a aussi la question du rapport au temps. Il faut du temps pour qu’une proposition arrive à maturation. Parfois, on chercher à aller vite, et ça passe avec un consensus un peu forcé, mais ça ne sert à rien. Il n’y a pas de solutions pour nous protéger des chieurs. Mais la maturité vient avec le temps, et ça se passe de mieux en mieux.
Jean : C’est un débat qui a déjà eu lieu souvent. La démocratie, c’est un apprentissage. Si on veut que ça existe, il faut qu’on l’apprenne. Ce qu’on fait en grand nombre le dimanche ne devrait pas donc être l’AG, mais un rassemblement ouvert, d’information et de débat. Les AG devraient être réservées aux gens qui participent effectivement au mouvement, aux commissions, etc. Ceux qui débarquent ne devraient pas participer aux votes.
Marc : La démocratie, c’est pour tous et par tous. Donc, on ne peut pas échapper au consensus. Mais, surtout, il ne faut pas faire voter en AG des tas de trucs. Seulement la loi que le peuple se donne à lui-même. Une autre façon de faire passer le consensus, c’est de dire : on teste la solution une semaine ou un mois, et on fait le bilan ensuite. Ça désarme les blocages.
Peko : Nos débats et nos décisions doivent être ouverts, sinon ce n’est plus participatif. Donc on ne peut pas se fermer. On ne peut pas non plus dire qu’il faut impérativement s’opposer sous forme de contre-proposition. Il faut quand même prendre en compte le « non » systématique. Le vote n’est pas adapté car chacun sait que ça ne marche pas. Toute l’expérience le montre. Donc on ne peut pas aller au-delà du consensus. Mais comment expliquer aux partisans du vote que ce n’est pas adapté à la démocratie participative ?
Florent : Un autre élément de la réelle démocratie, c’est que chacun doit pouvoir voir son problème pris en compte. D’où l’importance des cahiers de doléances.
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